Société française de l'Internet

Quel Internet pour quelles sociétés ?

Des techniques pour les hommes, par Jean-Louis Schwendimann

Contribution sur le forum des adhérents Isoc France

16 septembre 2008

Reproduit avec l’autorisation de l’auteur

Le titre est ajouté par le webmestre

Dans d’autres argumentations plus techniques, il est vrai pas toujours faciles à comprendre, JFC paraît bien prendre en compte les usagers finaux, dans la préservation des atteintes à la vie privée, ou plus largement, avec d’autres membres de l’Isoc qui se sont exprimés, la défense du plurilinguisme. La difficulté, c’est de vous suivre, JFC, dans ce qui nous apparaît rapidement ésotérique ou mystique.

Même lorsque ce n’est que « technicien », comme votre commentaire des derniers articles/informations que je signalais à propos de Hadopi et Edvige, et qui me paraissaient simples à comprendre, mais qui restaient à décoder (le but de notre liste de discussion), s’obscurcit après votre commentaire.

Les interventions de PY me rendent les choses plus lisibles. Il y a certes pour chacun de vous l’utilisation d’une grille de lecture, dont on peut discuter à l’infini pour savoir laquelle serait « la plus mieux », mais lorsque ça aide à trouver une lisibilité au débat et à mieux cerner les enjeux, tout le monde gagne. Après avoir compris, on peut évidemment s’interroger sur la grille et aller plus loin. Mais il faut d’abord gagner en lisibilité.

J’ai l’impression que ces débats hérissent une majorité d’entre nous, sinon peut-être d’autres membres interviendraient-ils ? A quelques exceptions près, comme celle de PY qui a accepté d’entrer dans la discussion ouverte, LGV ou moi une autre fois, il y a surtout eu des réactions d’agacement ou ce grand silence.

Pourtant je crois que ces discussions sont utiles. Il faut qu’un certain nombre de débats s’ouvrent à l’Isoc, pour que se dégagent des orientations d’action. On ne peut pas seulement parler des DNS ou d’IPv6, sinon nous serions nombreux à ne pas trouver à nous rendre utiles. On ne peut pas seulement faire une revue de presse, donner des interviews ou se concerter avec les autres associations qui se sont créées autour de l’internet.

Je retiens des interventions de PY :

« il faut penser société pour les hommes, ceux qui existent, et non imaginer des sociétés pour les techniques, celles à venir ».

Bien d’accord, c’est une déclinaison d’un principe humaniste certes un peu « tarte à la crème » auquel tout le monde adhère, JFC probablement aussi, mais un principe qu’il est bon de rappeler pour chercher les voies concrètes d’un meilleur usage des avancées techniques.

C’est pas parce que le vote électronique est possible dans les mairies qu’il faut forcément le mettre en œuvre. Peut-être les efforts des informaticiens nous apporteraient-ils davantage, orientés vers d’autres sujets ?

La communication d’influence est maintenant suffisamment efficace pour qu’un maire puisse être chaque fois réélu, sauf s’il est vraiment mauvais. Lorsqu’on regarde comment la communication est utilisée dans les mairies, c’est à 95 % de façon descendante (expliquer les décisions est le leitmotiv politiquement correct). Très bien, mais pourquoi ne pas laisser travailler davantage les communicants pour savoir mieux ce qu’attend la population ou ce qu’elle pense de la gestion en cours ?

Plutôt que d’être dans le nuage des spécialistes, cherchons quels sont les choix à promouvoir, les techniques à développer en fonction de constats unanimes, mais à la suite desquels ni la gauche, ni la droite n’ont trouvé de solution, comme l’exclusion (exemple générique).

Ceci dit, lorsque la technique nous entraîne, c’est bien l’homme aussi qui la produit et ce n’est pas toujours un mal (n’y voir qu’une alternative entre une logique de la demande et une logique de l’offre, est un peu exclusif d’une approche plus nuancée, ou plus élaborée, comme JFC donne parfois l’impression de la tenter). L’imprimerie, l’internet, apportent aussi beaucoup de choses positives, même si dans les deux cas ils ont aussi été supports de propagande ou de désinformation.

Ne laissons pas les techniques ou les techniciens avancer au hasard, sans que notre conscience s’interroge et impose des choix éventuellement contrariants.

Je retiens aussi :

« Car c’est une chose d’invoquer la prise en compte de l’intérêt des gens, cela en est une autre de le connaître pour l’intégrer. C’est même, en soi, un métier, c’est-à-dire toute une histoire et toute une culture parce que même comme ça ce n’est pas évident. Vous avez dit pluridisciplinarité ? »

« Il [Kropotkin] voit dans les techniques issues de cette nouvelle forme d’énergie [l’électricité] l’émergence d’une société de rééquilibrage en termes d’aménagement du territoire tant au plan de la localisation des activités que sur le plan social (j’actualise le propos pour aller à l’essentiel). Il parle déjà d’aide et de support mutuel. Pour lui, ce mode d’organisation « mutuelliste » devait rendre obsolète l’Etat. »

Bon .. Théoriquement oui, l’internet et la diffusion des TIC pourraient conduire à un rééquilibrage du territoire. En réalité et en dépit des aides publiques, une petite analyse que j’avais faite en 2004 sur PACA a fait ressortir une évolution qui va dans le sens d’une surconcentration sur les grands pôles et parfois même une perte absolue d’emplois là où on s’imaginait que non seulement on allait les développer, mais aussi que ces emplois allaient faciliter le développement d’autres emplois.

http://www.ent-ter.fr/nticpaca/8lp13.htm

http://www.ent-ter.fr/nticpaca/8lp12.htm

A l’époque, ces analyses ont dérangé et ont vite été occultées. Il n’y a pas eu de débat et on continue probablement comme avant. Les structures d’accompagnement créées lorsque les TIC n’étaient pas encore un marché, continuent leur travail. Pourtant des questions se posent. Vous savez comme moi que si certains lieux d’initiation font un excellent travail, d’autres ne servent qu’à leurs animateurs. C’est pourtant l’ouverture au public qui justifie l’existence de l’équipement et ses subventions.

Jean-Louis Schwendimann

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