Société française de l'Internet

Quel Internet pour quelles sociétés ?

À la mémoire de Jon Postel

Jon PostelPhoto publiée le 8 août 1994 dans Newsweek et qui commémore les 25 ans d’Arpanet.

De gauche à droite, Jon Postel, Steve Crocker et Vint Cerf, qui, à eux trois, ont passé huit heures à préparer ce cliché et aider le photographe, Peter Snow.

À la mémoire de Jon Postel, texte écrit par un de ses amis, à la demande de Bruno Oudet, le 5 novembre 1998.

Texte rédigé en 1998, à la suite du décès de Jon, 30 ans après avoir fait sa connaissance,

publié à nouveau à l’occasion du sixième anniversaire de son départ

À travers les différents textes regroupés sur le site de l’Isoc ((À la mémoire de Jon Postel sur Isoc.org)) me reviennent les images de ma rencontre avec Jon, en 1969, lors de mon intégration à l’équipe projet Arpanet  ((Arpanet, acronyme anglais de Advanced Research Projects Agency Network, est le premier réseau à transfert de paquets développé aux États-Unis par la DARPA, le projet fut lancé en 1967 et la première démonstration officielle date d’octobre 1972. Il est le prédécesseur d’Internet.)): durant près d’un an, je partagerai son bureau du département d’informatique de l’UCLA ((UCLA : Université de Californie à Los Angeles, le campus le plus important de l’Université de Californie.

Voir notice UCLA sur Wikipedia)), alternant de longues périodes de silence et de réflexion, et des échanges animés à propos des spécifications ou du fonctionnement du réseau auxquels il m’initia patiemment.

De prime abord, dans ce visage indéchiffrable, taciturne, bourru, encadré de longs cheveux noir ébène retombant sur les épaules, dans ce regard perçant, à l’occasion fulgurant, dans ce corps ascétique, généralement nu-pieds ou en sandales, je ne soupçonnais pas la sensibilité, la droiture et la finesse, voire l’humour et l’amitié que j’y découvrirai progressivement.

À l’exception d’occasionnelles randonnées dans la sierra californienne, il ne semblait pas avoir d’autre vie que celle de vestale obstinée de l’orthodoxie du réseau naissant.

Ce n’est qu’en juillet dernier à Genève, à l’occasion d’INET 98, que je l’ai revu : physiquement bien différent, il avait le regard toujours aussi perçant et passionné. Nous avons discuté comme si nous nous étions quitté la veille, en nous promettant de continuer via le réseau.

Les initiateurs d’Arpanet puis de l’Internet ont su organiser et canaliser une vision nouvelle de l’informatique, celle de l’ordinateur en réseau, outil de communication et de partage d’informations et de ressources, au service de l’utilisateur alors que beaucoup alors n’y voyaient encore qu’un moyen de calcul pour spécialistes.

Ils ont su mettre à contribution la créativité de centaines de personnes, notamment grâce au système de spécifications ouvertes et publiques (RFC  ((RFC : Request for comments, demandes de commentaires)): demandes de commentaires), qui utilisait le réseau pour construire le réseau. Indépendance des spécifications publiques de l’Internet par rapport aux différents fournisseurs, respect de la liberté de choix des utilisateurs, convivialité et échange (chacun devait pouvoir prendre à la mesure de ce qu’il apportait), tels ont été les principes directeurs qui ont amené l’Internet sur sa trajectoire actuelle.

Jon a été responsable et garant de ce fonctionnement, sa cheville ouvrière au sens propre comme au sens figuré ; il a aussi été l’inspirateur, l’auteur ou le correcteur de nombreuses contributions techniques en matière de protocoles de communication ; enfin il connaissait dans le détail les moindres rouages du réseau et savait les mettre en œuvre lui-même.

Saurons-nous maintenir le cap pour l’Internet d’aujourd’hui, dont les perspectives de développement dépassent sans doute les rêves les plus fous de ses concepteurs d’il y a trente ans ?

Michel Élie

oui.net

En savoir plus

— Dossier Jon Postel sur le site de l’Isoc monde (en)

— Notice Jon Postel sur Wikipedia (fr)

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