Société française de l'Internet

Quel Internet pour quelles sociétés ?

Bruno Mannoni

Bruno MannoniIngénieur et mathématicien, fonctionnaire au ministère de la Culture, Bruno Mannoni a été fait chevalier de la Légion d’honneur en 2001.

Voici le discours de Catherine Tasca le concernant :

Cher Bruno Mannoni,

Dès votre arrivée au ministère, en 1972, vous mettez vos talents d’ingénieur et de mathématicien au service de l’Inventaire général des monuments et des richesses artistiques de la France. Vous réalisez le premier programme de recherche documentaire informatisé dans le domaine culturel, ce qui vous conduit quelques années plus tard à écrire le programme SATIN (système automatisé pour le traitement de l’information) et vous en assurez l’exploitation au laboratoire de physique de l’université d’Orsay.

Je ne retracerai pas toutes les étapes de votre parcours si riche. Je soulignerai toutefois, votre passage à l’Institut national de recherche en informatique et en automatique (INRIA) à la fin des années 80. C’est là que vous avez découvert l’internet. Vous pressentez qu’au-delà de l’informatique, et des télécommunications, l’internet va révolutionner la façon dont les hommes vont communiquer entre eux. Bruno Mannoni, vous faites partie de ces quelques pionniers qui ont défriché le cyber-espace, sans, cependant, en être jamais dupe.

L’Internet vous intéresse, non comme un nouveau gadget, mais parce qu’il permet d’accéder plus facilement à cette immense bibliothèque virtuelle, la Toile, que vous voudriez toujours plus riche de contenus en français, mais aussi, et surtout, parce qu’il peut modifier, ébranler les systèmes pyramidaux de nos organisations. Vous ne renierez pas, je crois, ce ferment révolutionnaire. Nous savons maintenant que l’internet amplifie notre volonté de réforme en nous obligeant à ré interroger nos procédures internes de fonctionnement et nos modes de communication avec nos  » usagers « , nos partenaires et le public. C’est grâce à votre conviction que ce ministère a été le premier ministère connecté au NET : dès septembre 1992. Puis, avec l’aide de l’INRIA, vous réalisez le premier serveur Web d’une administration, le site  » culture « , en juin 1994.

Vous êtes aussi le premier à généraliser dans l’administration l’usage des logiciels libres pour les serveurs et vous vous appliquez quotidiennement, je le sais, à faire en sorte que nous restions pionniers. C’est pourquoi, au delà de vos fonctions au département informatique à la direction de l’administration générale, dont vous prenez la direction en 1998, vous êtes un des acteurs reconnus de l’internet en France, respecté et écouté. Dès le discours du Premier ministre Lionel Jospin à Hourtin en août 1997, vous prenez une part active à la bonne réalisation du Programme d’action gouvernemental pour la société de l’information (PAGSI) et devenez un ardent promoteur de l’administration électronique.

Dès cette même année, tous les agents dotés d’un micro-ordinateur et connectés au réseau du ministère de la culture disposent d’une messagerie et d’un navigateur internet : 6 500 postes de travail répartis sur 200 sites en France et dans les départements d’outre-mer sont reliés. C’est ainsi, tout naturellement que j’ai proposé, en juin 2000, que vous soyez nommé rapporteur général de la mission parlementaire confiée au député Thierry Carcenac. Vous collaborez très activement à cette mission et à l’écriture du rapport  » Pour une administration électronique citoyenne, Méthodes et Moyens « .

Ce rapport, approuvé par le Premier Ministre, constitue aujourd’hui le socle des décisions du gouvernement en matière d’administration électronique. Et je tiens à vous remercier de cette contribution qui honore notre maison. Vous êtes un innovateur, un homme de culture aussi bien qu’un homme de techniques et si vous le permettez, je voudrais saisir cette occasion, aujourd’hui, pour associer à votre distinction dans l’ordre de la légion d’honneur, la mémoire de vos parents, Octave et Maud Mannoni, ces grands psychanalystes, qui ont certainement su vous donner ce goût d’une insatiable curiosité de l’humain et aussi d’une grande foi dans ses capacités de progrès.

Bruno Mannoni, au nom du Président de la République, en vertu des pouvoirs qui nous sont conférés, nous vous faisons Chevalier de la Légion d’Honneur.

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