Société française de l'Internet

Quel Internet pour quelles sociétés ?

Internet des Objets : Objets « connectés », objets « communicants »… ou objets « acteurs » (2/2) ?

… Suite de l’article :

Internet des Objets : Objets « connectés », objets « communicants »… ou objets « acteurs » (1/2) ?

… disponible sur le même site.

La question qui m’a été posée par Pierre Métivier, suite à mon précédent article :

« Connaitra-t-on deux phases successives dans le développement de l’Internet des Objets, à l’image de ce que l’on a observé avec « l’internet des humains » ?

L’acteur humain, spectateur passif des premiers sites web, s’est en effet approprié la toile pour en devenir un acteur à part entière et l’utiliser en collaboration avec d’autres communautés d’intérêt. »

Voici ma réponse :

C’est parce que les humains ont avant tout la capacité d’être « acteurs » qu’ils ont transformé le WEB 1.0 (qui était un ensemble de moyens pour échanger de l’information, souvent structurée) pour l’adapter à des usages qu’ils ont « inventé » en l’utilisant… et qu’ils ont créé le WEB 2.0 (qui n’est qu’une première étape).

Ce faisant, ils ont définit de nouvelles finalités, créé des comportements inédits ainsi que des valeurs économiques nouvelles (utiles et parfois rares).

Ce que j’appelle des «acteurs», ce sont des «objets complexes disposant d’une certaine autonomie» :

Ils sont auto-organisés en fonction des objectifs généraux qu’ils poursuivent (sauvegarde de leur métabolisme, capitalisation sur le retour d’expérience, etc.), capables de s’auto-finaliser si besoin est, capables de réactivité en fonction des évènements (perception, temps réel), capables d’adapter leurs comportements selon les contextes (approche sémantique) et disposent de schémas mentaux (couches d’abstraction) qu’ils utilisent pour donner du sens à ce qu’ils perçoivent et analysent (usages, règles comportementales, etc.)….

Les objets, tels qu’ils sont conçus ou appréhendés aujourd’hui, n’ont pas cette capacité à être « acteurs ». Ils ne pourront donc évoluer par eux-mêmes si nous ne leurs donnons pas cette capacité (1).

Ils ne sont donc aujourd’hui que des objets « inertes » s’insérant dans des jonctions mécanistes et fonctionnelles, supportant des processus prédéfinis, ce au sein de chaines de valeurs « fermées ». Nous sommes donc plutôt dans des « Intranets des Objets parallèles, cloisonnés et déconnectés » et y resterons tant que la nature des objets ne changera pas.

Du côté des entreprises, la situation risque d’être analogue à celle du début d’Internet… De nombreuses sociétés, basées sur des marchés de niche dont les solutions hétéroclites seront incapables d’inter opérer (intranets ou chaines de valeurs fermées, communautés d’utilisateurs cloisonnées, la plupart n’atteignant pas la taille critique et la viabilité économique), et qui subiront par la suite une restructuration du marché : fusions, acquisitions, faillites, …

Exemple type :

Pourquoi les centaines d’applications intéressantes (objets logiciels) sur mon IPHONE (objet physique) ne savent-elles pas inter opérer et coexistent en parallèle sans jamais profiter les unes des autres ? Et pourtant, la plateforme est commune mais elle ne sait pas « unifier les services ». Sur ce modèle « bridé », Apple gagne de l’argent mais de façon éphémère : la plupart des applications disponibles n’ont pas de réel modèle économique autre que celui qui consiste à surfer sur le succès marketing du fameux Smartphone. A cet égard, au fur et à mesure que j’installe des applications, je réduis paradoxalement le champ des applications que j’utilise réellement sur mon IPHONE et finis par me lasser d’une profusion devenue stérile de gadgets presque inutiles lorsqu’ils sont utilisés séparément. En effet, l’effort cognitif que je dois faire pour m’adapter à chacun d’eux me dissuade de les utiliser ! Or, APPLE aurait fait un vrai « succès durable » s’il avait proposé en parallèle une représentation standardisée des objets (au sens « programmation ») permettant ainsi l’inter opérabilité des applications (un seul effort cognitif pour tout utiliser).

Le « grand décollage » de l’Internet des Objets viendra donc dès l’instant où les objets deviendront des acteurs à part entière, forts d’une représentation standardisée de leur structure et de leurs comportements. Il faut pour cela nous en donner les moyens… et les bons outils…

Philippe GAUTIER

 

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(1) – C’est pourquoi je me consacre aujourd’hui à diffuser une méthode de conception qui permet de développer de telles applications et qui permet, justement, d’octroyer aux objets cette autonomie décisionnelle, tout en standardisant leur structure et leur comportement. 

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