Société française de l'Internet

Quel Internet pour quelles sociétés ?

Isoc France : confession publique et manipulations

casier judiciaireLe pilori est un dispositif destiné à exposer un condamné à l’infamie. [...]

Utilisé depuis le Moyen Âge, le pilori ne sera définitivement aboli en France qu’en 1848.[...]

C’était un droit seigneurial, parfois un simple poteau que le Seigneur faisait planter sur la place du village pour signifier qu’il avait le droit de justice sur ce fief.[...]

De nos jours, en Occident, il n’est utilisé que par les sadomasochistes.

Extrait de Wikipedia

Mettre au pilori : diffamer

Article publié le 13 mars 2008

La tenue d’une prochaine « Semaine Internet de Paris » pourrait servir de prétexte pour occulter la vérité sur le fonctionnement de l’Isoc France. Si Internet devait servir à cela, ce sont les rêves de milliers d’internautes actifs dans l’Internet citoyen français qui seraient trahis.

La confession publique, qui plus est par Internet, aide-t-elle à la manifestation de la vérité ou sert-elle à désigner une victime expiatoire, un bouc émissaire qui permet à un système de perdurer ?

Je trouve malsain ce déballage d’aveux et d’excuses publiés par l’ex-trésorier de l’Isoc France [XXX nom supprimé]. En avouant n’avoir pas présenté de rapports financiers aux assemblées générales, cette « confession » tente de nous faire croire que des assemblées générales se seraient tenues.

Mais où sont donc les rapports moraux ?

Comment un président responsable peut-il envoyer ainsi seul au pilori un trésorier qui, trois années durant n’a pas fourni les documents fondamentaux d’une élémentaire organisation démocratique ?

Comment les neuf (sur quinze) administrateurs présents le lundi 10 mars à ce « conseil d’administration » de l’Isoc France peuvent-ils se rendre solidaires de cette mise au pilori d’un seul quand ils ont eux-mêmes, par définition, au moins laissé faire ?

Comment peuvent-ils renouveler « à l’unanimité » leur confiance en un « président » qui se dérobe ainsi à ses propres responsabilités ?

Pathos et cruauté

Ce mélange de mécanisme collectif sadique et de semi-vérité intrinsèquement absurde* me paraît très mystérieux.

Par quelle sorte de masochisme la « victime volontaire » peut-elle accepter ainsi de payer pour le groupe ?

[* Comment peut-on appeler "assemblée générale" une réunion sans rapport ni moral ni financier et sans vote de budget ? Surtout quand on sait qu'il n'y a PAS eu de réunion.]

Sous réserve des conclusions d’un audit, je considère que l’épreuve psychodramatique infligée par ce procédé [à + nom supprimé] est une sanction démesurée et déshonorante pour ceux qui l’ont décidée. Aurait-elle pour fonction de mettre les autres lâchement à l’abri ? Elle tente en tous cas de permettre à une organisation malsaine de se perpétuer.

Toute cette farce me paraît monstrueusement pathétique. On avait affaire à une tempête dans un verre d’eau, une accumulation de fautes qui sont probablement des « péchés véniels » (sous réserve des conclusions d’un audit) mais où tous sont mouillés. Et l’unique objectif de conserver un poste peu glorieux de Président ou d’administrateur d’une organisation discréditée aggrave les fautes collectives d’un nouvel acte, barbare : l’auto-lynchage virtuel d’un homme, marqué à vie par l’œuvre des moteurs de recherche qui sont précisément son pain quotidien.

Trois manipulations

Il faut refuser la personnalisation de cette affaire. La manipulation consiste ici à faire croire que ce serait le groupe de l’Appel du 8 mars qui se livrerait à des attaques personnelles.

La manipulation consiste à faire croire que l’Appel du 8 mars émanerait d’une poignée d’individus isolés, étrangers à l’Isoc France.

La manipulation consiste à invoquer l’urgence d’un événement en préparation, « la Semaine internationale de l’Internet » en juin, pour ne pas examiner le fonctionnement de l’association.

Comme si l’Isoc France, dans l’état où elle est — et avec 700 euros en caisse, nous apprend la « confession » de l’ex-trésorier —, pouvait contribuer au prestige de la France et à la bonne image d’un événement Internet d’envergure internationale.

Un audit s’impose

L’internet participatif a déjà permis d’établir une partie des faits. Suite à l’Appel du 8 mars publié sur Rue89 et repris ensuite tout ou partie par d’autres médias, il est établi que la comptabilité n’a pas été tenue, ni de l’argent, ni des adhésions. Et qu’aucun budget n’a été voté en trois ans.

Mais la dignité paraît imposer maintenant que cessent ces déballages partiels obtenus aux forceps et accompagnés de mises en causes personnelles qui atteignent certains dans leur vie professionnelle et rendront difficile le rétablissement de la paix et les rassemblements nécessaires autour de vrais enjeux.

S’il paraitrait incongru de récompenser les négligences par l’attribution de nouveaux mandats, il me semblerait dangereux de laisser s’improviser une sorte de tribunal populaire.

La manifestation de la vérité ne peut provenir que d’un audit, mené de façon professionnelle, dans le calme, sur la base d’examens contradictoires.

Il y a largement le temps de réaliser cet audit avant juin.

Seules les conclusions de cet audit peuvent permettre éventuellement à l’Isoc France de participer la tête haute à la « semaine de la gouvernance Internet » de Paris en juin, dont les acteurs principaux n’attendent pas l’Isoc France pour l’organiser, contrairement à ce que prétend le communiqué officiel du « Conseil d’administration » de l’Isoc France.

Sinon, il vaudrait mieux qu’elle s’abstienne !

Des faits, rien que des faits ! Que la vérité soit établie !

La vérité sur des mécanismes et un système.

Laissons les personnes en paix, chacune avec sa conscience.

Soutenir Isoc France Refondation : inscription sur la liste publique [fermée au décès de Francis Muguet]

En savoir plus

* sur l’Isoc France et la crise qui la secoue

Petit observatoire de l’Isoc France

* sur les usages de la confession publique

Des précédents et modèles peu glorieux

Sortir des guerres civiles dans des pays à État de droit faible

Il existe plusieurs exemples récents d’utilisation de la confession publique. De nos jours, on y recourt en général dans des situations très graves de guerre civile et de besoin de réconciliation nationale.

Ce fut le cas en Afrique du Sud. La conclusion est mitigée :

En Afrique du Sud, la commission vérité et réconciliation (CVR) a été créée en 1995. Le mérite de cette instance est qu’elle a permis de faire éclater la vérité, de recenser des milliers de crimes, d’identifier et de contraindre les criminels à confesser leurs crimes en public pour bénéficier de l’amnistie. Quoi qu’on dise, des procès ont eu lieu et durant plusieurs années ; des criminels furent jugés et condamnés, certains à la prison à perpétuité : c’est le cas par exemple des criminels Wouter Basson ‘‘le docteur de la mort’’, Eugène de Kock ‘‘le mal principal’’, qui a écopé d’une peine de 212 ans d’emprisonnement, Ferdji Barnard et beaucoup d’autres.

Bien que l’amnistie de quelques-uns n’a pas été du goût de certaines victimes qui considèrent que « l’amnistie leur a volé la justice », d’autres, au contraire, s’estiment satisfaits du seul fait que les criminels aient essuyé la honte d’avoir vu leurs crimes exposés en public.

Extrait d’une étude comparée de Maitre Ahmed Simozrag, dans Algeria-Watch.org

Contrôle des corps en régimes totalitaires

La confession publique est aussi un procédé fréquemment utilisé dans les régimes totalitaires.

« L’auto-critique s’inspire de la confession catholique ; mais régulière et fréquente, écrite ou verbale, publique ou privée, elle est soumise à un véritable inquisiteur, à la fois prêtre, policier et psychanalyste. Le « pénitent » sait qu’elle sera enregistrée, recoupée avec toutes celles qu’il a déjà faites ou qu’il fera, avec celles des membres de sa famille, de ses camarades, de ses chefs, de ses subordonnés. S’il n’en dit pas « assez », l’inquisiteur des âmes le harcèle, sans lui dire ce qu’il sait. Finalement, épuisé mentalement, l’individu moyen s’incline et préfère adopter la « ligne » qu’on lui propose plutôt que de lutter sans cesse contre tous pour dissimuler ses pensées. Avec soulagement, il devient « l’homme nouveau », le robot de « l’ingénieur des âmes » du communisme. »

Extrait d’une analyse de Jacques Hogard, dans La Revue Défense Nationale

Confession publique dans l’Amérique puritaine : un exercice de style standardisé

Eliot Spizer avoue, présente ses excuses et rend hommage à son équipe.

Les faits reprochés relèvent ici de la sphère privée et de relations sexuelles librement consenties entre adultes. Mais les paiements occultes de call girls ont permis aux banques d’obtenir la chute du gouverneur de l’État de New York. 3″

Dominique Lacroix

Membre de l’Isoc France

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